5 – Avant le déluge

Sandie habite avec sa famille une petite maison en parallèle d’un chemin de terre donnant sur la vallée voisine. Leur lieu de vie est agréable, légèrement en hauteur et en retrait du cœur du village. La vue est toujours autant superbe, peuplée des ânes et de la faune de la nuit qui s’éveille doucement. De l’extérieur leur maison semble simple, une grande cabane en bois, mais l’intérieur est spacieux et contemporain. Des boiseries nobles et élégantes énoncent la découpe artisanale et gère les espaces au mieux pour une famille de six personnes. Tout le mobilier est en pin ou chêne naturel, un coin salle de bain avec évier et toilettes sèches, une douche peu confortable mais pratique, et des escaliers liant les deux pièces principales, et menant à la chambre spacieuse des enfants. Un poêle à bois semble chanter joyeusement les hivers de grand froid. Prenant nos aises autour d’un apéro à base d’un sirop local, et nos enfants enthousiastes de faire connaissance autour des jouets de chacun, nous entamons des conversations de salon de thé. Doucement nous arrivons à l’essentiel, la vie au village, et ses habitants. Sandy et Simon ont choisi ce mode de vie après des années à se remettre en question autour de l’éducation des enfants et de leurs motivations personnelles, tous deux déçus par leurs expériences sociales en grande ville. Ils sont sportifs et dynamiques, mais je sens Simon beaucoup plus sceptique que Sandy quant à leur nouvelle vie. Il avoue même qu’il a du mal à se faire au village. Une gêne semble planer entre eux. Il entame une reconversion dans le domaine agricole et suis actuellement un stage au domaine de Françoise, qui avec son mari, en plus des chambres d’hôtes, gère une culture maraîchère biodynamique, et a intégré le woofing à son activité. Une manière figurée selon moi d’employer de la main d’oeuvre gratuitement. Je lui demande ce qu’est la biodynamie, mais le sujet paraît sensible. Il survole cette méthode par l’idée d’un maraîchage bio soutenu par le calendrier lunaire, en plus approfondi. Je lui demande si ils utilisent les magazines « Rustica », mais l’humour a du mal à se frayer un chemin. La seule fois où j’ai entendu parler de biodynamie c’était par un viticulteur convaincu de son efficacité, sans pour autant l’avoir testé sur ses propres vignes. « A ce qu’il parait leurs vins sont bien meilleurs ! ». Comme une rumeur nouvelle à la mode, une sorte de bouche à oreille tendance qui fait parler, mais qui ne reste qu’une rumeur. Sandy travaille à l’épicerie tout en gérant ses quatre enfants. Elle semble fière, telle un bon petit soldat, de travailler de manière utile au profit du village, tout en donnant des cours de yoga bénévoles. Son dynamisme semble cacher quelque chose, son visage la tiraille et la rend méfiante. Elle préfère se focaliser sur le repas et enchaîner sur les vertus de leur nouveau mode de vie plus sain, me décrivant l’utilité de couverts en argent, assiettes en grès, trocs ou bons plans vêtements, l’utilité du militantisme écologique, d’une alimentation saine mais pour l’instant sans forcer ses enfants, qui d’ailleurs mangent de tout. Et bien sûr l’impératif de gérer au mieux les déchets domestiques. Son discours semble rodé mais automatisé, telle une leçon bien apprise et récitée, mais pas forcément analysée avec son point de vue personnel. Puis elle arrive au moment fatidique où je dois justifier ma présence ici auprès de la communauté, en me piquant d’une réflexion à laquelle je ne m’attendais pas concernant ma voiture, que je dois mettre à disposition des villageois sans véhicule, ce que je refuse. Une tension plus tard les crêpes sont prêtes, et je lui demande franchement : –”Je ressens de l’hostilité avec les femmes du village, jamais je n’aurais pensé que ce soit aussi froid, est-ce que je me trompe ?” A ce moment-là elle respire un grand coup tout en mélangeant la salade, et me dit, soulagée : “Tu sais ici il y a eu beaucoup de femmes seules avec des enfants qui sont arrivées, ça a crée une concurrence, et un déséquilibre.” -”Tu veux dire que les femmes en couple ont peur qu’on leur vole leurs maris ?” -”Il peut y avoir de ça oui…””Mais je ne suis pas venue ici pour ça ! c’est quoi ces idées ? » -”Il faut le temps que les gens te connaissent, mais si en plus tu n’apportes rien au village et que tu n’es pas dans l’esprit de la communauté, ça va être difficile !” -”Là j’hallucine, j’ai présenté un projet au maire qui allait dans le sens du cadre, en plus de mon travail personnel, je n’ai pas à me forcer à adhérer aux groupes associatifs, je ne suis pas venue ici pour divertir les gens… et je n’ai pas lu dans les “CGU” du village que c’était obligatoire.””Pourtant c’est important pour le fonctionnement du village, on est solidaire, c’est comme ça ! Allez les enfants c’est prêt !”. Dans la foulée je cherche à comprendre pourquoi je vois aussi peu de monde dans le quotidien, mis à part des femmes, qui semblent majoritaires. Ou sont les hommes ? Simon se lance dans le débat et m’explique qu’effectivement les femmes sont légion, le peu d’hommes actifs sur place a même permis de créer des “réunions entre mecs”, afin qu’ils se sentent moins seuls. Il en rit mais je ne sais pas pourquoi, je trouve ça triste. Deux d’entre eux travaillent au domaine du maire en tant qu’ouvriers agricoles avec leurs compagnes, cinq autres sont éleveurs ou bergers en contrebas de la vallée, dont deux qui ne souhaitent pas se mêler à la vie du village. Un autre gère une fromagerie et un divorce en cours, certains n’ont pas trouvé leur voie et préfèrent la compagnie des arbres ou des chevreuils dans la forêt. Il y a trois artisans qui travaillent à domicile, quelques chômeurs préparant la révolution sur internet, des musiciens dont certains sont intermittents et partagent leur temps dans le sud, ou un autre saisonnier qui se repose l’hiver dans une collocation à bout de souffle. Il y a ensuite les anciens, piliers et mécènes. L’un d’eux passe son temps à s’opposer au wifi et a presque hâte d’en découdre avec des techniciens qui oseraient passer au village, et soutenu par des électro-sensibles en attente d’une reconnaissance administrative; deux autres quinquagénaires croisés rapidement en haut du village semblent cultiver le mystère, derrière une allure condescendante. Ils sont mécènes et impliqués sur plusieurs associations locales, en plus de s’occuper de jeunes en désinsertion sociale en Suisse avec des “leaders-thérapeutes”, qu’ils emmènent lors de stages au village pour suivre un rite de passage à l’âge adulte, en les laissant trois jours seuls dans les vallées aux alentours, entre autres activités biodynamiques et néo chamaniques. Ensuite il y a un vieux comédien qui propose ses spectacles dans les collectivités locales. En le croisant à plusieurs reprises avec un autre quinquagénaire, tous deux ne m’ont jamais salué ou regardé directement dans les yeux, les focalisant davantage sur Samuel. Ces regards croisés m’ont tout de suite permis de comprendre que mon fils ne se retrouverait jamais seul à jouer dehors ; à l’inverse de la majorité des enfants qui jouent ou errent à travers champs, malgré le bas âge de certains, et paraissant livrés à eux-mêmes. Que font les gens chez eux ? Un goût amer m’envahit en quittant ce couple qui ne me semble pas bien en point. Leurs enfants sont adorables, même si la deuxième, une charmante petite fille, parait plus effacée, une tristesse ressentie dès notre entrée à la micro-crèche. Une vague intuition me dit que Sandy débriefera le lendemain avec d’autres villageoises de ma venue, bien loin d’un art de vivre discipliné sur le thème de la terre, la fabrication de lessive artisanale et de la communauté locale.  

Une soirée “crêpes bretonnes” est lancée le jeudi soir à la salle des fêtes. La bibliothèque étant ouverte, c’est l’occasion d’y faire un tour. Arrivée sur les lieux à 19h00, les tables sont déjà quasi remplies. Nous enlevons nos chaussures et nous dirigeons dans la salle, avec l’impression de saluer les murs. Personne ne se retourne ou nous propose avec Samuel de les rejoindre à leur tablée, dont c’est pourtant le principe. On se croirait dans un western spaghetti où l’étranger n’est pas le bienvenu au saloon. Face à nous gît une grande table vide où nous prenons place dans l’indifférence générale. J’ai envie de repartir. Un mélange de peine et de colère me submerge, avec une touche d’incompréhension, mais Samuel est intrigué par la bibliothèque juste au-dessus, dont il voit des enfants y monter et descendre. Françoise est présente avec son mari, et assis tous deux avec d’autres “piliers” du hameau d’à côté, tout aussi indifférents. Au bout de dix minutes elle me salue brièvement et retourne à son cidre. Arrivent dans la foulée Gaïa et sa fille de dix ans, accompagnées d’un grand bonhomme d’une cinquantaine d’années, à la mine patibulaire. Elle vient tout de suite vers moi et de son tact habituel me lance : “Bonsoir ! Ca alors ! tu es toute seule ?”“Oui, on attend nos crêpes”. –“Mais personne ne t’a invité à t’assoir avec eux ? Pourtant il reste des places à chaque table !” Elle parle suffisamment fort pour que tout le monde l’entende. –“Ce n’est pas très villageois de faire comme ça ! l’hospitalité c’est quand même la base ! Bon ben… viens t’assoir avec nous ! y’a Sandy qui va nous rejoindre avec ses enfants, on se serrera un peu mais ça sera plus chaleureux !”. A ce moment-là j’apprécie son invitation, même si je sais que ça lui demande un gros effort. Je m’attable avec eux et Sandie arrive avec ses quatre enfants. Elle ne semble pas à l’aise de me voir. J’ai l’impression d’être dans “un jour sans fin” dont l’hostilité est la mise en abyme. Elle se force à sourire et je suis à deux doigts de partir. Gaïa enchaîne les conversations et ravive l’ambiance en me vantant les mérite de la pédagogie Steiner. -“Tu sais moi je n’ai pas eu la chance de pouvoir faire des études, alors je donne tout pour ma fille ! chez Steiner ils ont tout compris ! le rythme des enfants, les activités, le rapport à la nature, c’est très spirituel ! il n’y a pas d’autorité ou de contrainte avec le temps d’apprentissage, ils les laissent libres de choisir, c’est génial ! et puis de toutes façons nos enfants ne sont pas nos enfants !” -”Tu parles du poème de Khalil Gibran ?” – “Oui mais en plus complexe tu vois, il faut les considérer comme des adultes aussi !” -”Mais quelles limites pour eux si on les considère comme des adultes ? Est-ce qu’ils n’ont pas besoin d’avoir des limites par l’autorité parentale justement, pour préserver leur droit à l’enfance ?”. -”C’est autre chose… mais surtout tu ne dois pas les contrôler ni leur faire de l’autorité, c’est ridicule et maltraitant !”. Sa dernière phrase semble taper du poing sur la table. Je percute soudain à sa voix que c’est elle qui était derrière la porte-cloison lors de mon emménagement difficile, et qui a pris mon autorité en grippe. Ce qui ne l’a pas empêché de lever la voix et s’énerver à son tour. Leur monde est petit, il ressemble de plus en plus à une cocote minute au bord de l’explosion. J’apprends que le type à côté de nous, qui jusqu’à présent ne disait rien et m’observait derrière ses lunettes austères, est l’ancien maire du village, pilier parmi les anciens, et éditeur indépendant, Raymond. Il ne fait que me considérer avec des sourires forcés, ça en devient fatiguant. Nos crêpes arrivent et j’appelle Samuel qui n’est plus motivé pour diner. Les conversations sont retenues par ma présence et une boule de glace plus tard je me dépêche de rentrer, mon fils dans les bras, afin de fermer la porte à “ces gens-là”. Notre bulle intouchable n’est qu’à deux pas. Je suis soulagée de pouvoir enfin discuter sur internet avec des amis de longue date, auprès desquels je n’ai pas le courage de leur faire part de mon mauvais choix de vie qui se dessine chaque jour avec plus de précision. Alors je les écoute, heureuse d’entendre des paroles du quotidien qui me ramènent au monde réel avec ses emmerdes et ses petits bonheurs. Le dernier plaisir à cette heure tardive est d’observer le ballet d’étoiles qui parsèment la nuit, premier endroit où je peux en apprécier en si grand nombre. Je me dis à ce moment-là que leur grande communauté est impossible. Qu’est ce qui cloche ici ? C’est encore pire que dans la vallée d’Alexandre, au nord du département, rongée par des histoires de familles remontant à six générations, des non-dits consanguins et des querelles de terrains parmi des conflits politiques remontant à la première guerre mondiale. Ils ont au moins le sens de l’hospitalité. J’ai l’impression que la lutte des classes touche aussi cet endroit, malgré leurs discours pseudo-solidaires et écologiques, les problèmes ne sont pas différents de ceux rencontrés en ville, quel que soit le paysage. La peur, la crainte et la convoitise se révèlent peu à peu glissant entre les idéaux de chacun.   

Chaque matin je croise deux mamans qui m’inspirent de la sympathie. L’une d’elles semble porter un fardeau. Sa gestuelle est presque maladroite, nerveuse, elle esquisse des bonjours timides et son regard est fuyant. Elle s’appelle Abigail. Une gêne très marquée empêche une communication naturelle entre nous. L’autre maman est encore plus en retrait, Inès, d’une discrétion très prononcée. J’ai compris qu’elle ne scolarisait sa fille que deux jours par semaine, d’où le peu de fois où j’ai pu la croiser au jardin d’enfants. Je pensais jusqu’alors qu’elle n’habitait pas le village. Son compagnon est éleveur, et ils vivent en contrebas. A chaque fois que nous nous croisons à l’école, les regards pesants des autres parents nous amènent à nous saluer sur la pointe des pieds. Une connivence silencieuse s’installe doucement entre nous, les recalées de leur petit monde. J’espère trouver l’occasion de leur parler. Au détour d’une ruelle je croise une ancienne villageoise qui m’interpelle franchement, Eve. Elle habite à deux pas de chez moi. Le blanc incandescent de ses longs cheveux coiffés en chignon irradie son visage, et ses traits fins semblent prononcer un goût certain pour les crèmes de beauté. Les couleurs vives et fleuries de ses vêtements lui donnent une touche joyeuse et estivale. “Alors ! vous vous y faites au village ?”. A ce moment-là la pression retombe. “Oh vous savez c’est étrange ici, la méfiance des gens à la limite de l’agressivité, la pression de devoir être solidaire ou devoir m’impliquer dans la vie de village, ce n’est pas rien de tout plaquer pour recommencer ailleurs, seule avec un enfant !””Ah mais vous savez, si vous n’avez pas d’alliés ici au village, ça va être compliqué ! Beaucoup sont fatigués des gens qui viennent et qui repartent, alors ils se ferment ; Et puis si vous cherchez un terrain, mieux vaut connaître des gens, et suivant vos projets, pas sûr que ça passe ! surtout dans les soins et le maraîchage, ça se bouscule un peu au portillon !”. ”Mais je n’ai pas envie de me mêler au village, je recherche juste la tranquillité du cadre, une courtoisie de voisinage, une vie simple pour mon fils, le reste je peux m’en charger toute seule !” -”Hum, venez un de ses jours à la maison, je vous laisse mon numéro et on causera autour d’une tasse de thé ! Allez, courage ma belle, bye bye !”. Un instant je retrouve un brin d’enthousiasme, mais dans le fond ça ne change rien à ce que je ressens. L’impression de m’embourber lentement dans une vase idéologique masquée par le paysage impeccable et les écolabels qui fleurissent un peu partout dans la vallée. Un couvercle de verdure tendre qui cache un puits de merde.

Le lendemain après l’école j’emmène Samuel jouer et prendre le goûter au petit parc. D’autres enfants y sont déjà installés pendant que leurs parents font leurs courses à l’épicerie. Les groupes sont formés en tranches d’âge, et les plus grands semblent plus effacés à première vue, dans leur monde qui me paraît craintif à l’égard des adultes. Deux d’entre eux m’observent et semblent demandeurs d’une conversation, s’habituant à me voir chaque jour jouer et rire avec Samuel. Une petite fille remonte la rue avec sa mère, et apercevant le goûter chocolaté de mon fils, elle lui demande timidement une glace à l’épicerie. Celle-ci refuse aussitôt et arrache au passage trois feuilles d’oseille affaiblies par les premières gelées, et les lui tend. La petite fille n’a pas le choix que ruminer ces végétaux dont sa mère justifie le geste en lui disant de manière sèche et imposante : “Tiens ! c’est plein de vitamines !”. Une tristesse lui efface son regard pétillant, la tête enfoncée dans ses frustrations.

En fin de semaine une veillée lanterne est organisée par l’école pour célébrer la Saint Martin. J’apprécie la lanterne faite par Samuel, qui semble hâtif de l’allumer et défiler avec la nuit tombante. Tous les parents sont là, et nous allons suivre les jardinières sur un sentier de terre rocailleuse menant à l’église, et où les enfants de la grande école vont nous offrir une pièce de théâtre autour d’une soupe et d’un vin chaud, préparés par de bonnes volontés.  Beaucoup de villageois en plus des parents sont présents. Brigitte la maraîchère, et pilier du village, a amené pour l’occasion une dizaine de chants chrétiens, ce qui m’énerve beaucoup sur le principe simple que j’aurais aimée être prévenue du caractère religieux que les villageois et les enseignantes véhiculent à chaque manifestation de l’école. La maire est là, le spectacle peut commencer. Je n’ai pas bien suivi l’histoire, mais il y a une chasse au dragon dont le vainqueur est un chevalier. Les parents de l’école sont toujours autant en retrait, discutant entre eux, mais la mine souriante de Lucie arrive à ma portée et m’accompagne sur le chemin, attention que j’apprécie. Voici l’origine de la Saint Martin, narrée par une maman d’une école Steiner de Québec : “Né en l’an 316, ce garçon était un être très serviable, toujours attentionné pour son prochain. Il a beaucoup aidé les pauvres pendant sa vie. Par un soir d’hiver neigeux et venteux, il est arrivé sur son grand cheval, et a coupé de son épée son grand manteau rouge en deux moitiés, l’une pour lui, et l’autre pour un mendiant qui mourrait de froid. Cette fête rappelle l’importance de la générosité et du don de soi. L’image de Saint-Martin sur son grand cheval qui partage avec l’homme laisse plus de traces dans l’imaginaire et l’inconscient d’un enfant que des explications. Il est tradition de fabriquer des lanternes et de défiler dans les rues à la tombée de la nuit en l’honneur de ce brave Saint-Martin. C’est un moment grandiose et spectaculaire qui est vécu dans les écoles Waldorf également, où tous les enfants défilent, leurs petites lanternes illuminées à la main, accompagnés de leurs parents et de chants joyeux. Ces lanternes ont aussi comme symbolique la lumière, que l’on porte toujours sur soi-même dans la plus grande des noirceurs”. 

Au moment de rentrer j’aperçois deux enfants jouer aux chevaliers devant chez moi. L’un d’entre eux me dit spontanément : –« Tu savais que les dinosaures n’ont jamais existé ? en fait c’étaient des dragons ! ». –« Hein ? heu… tu le penses vraiment ? ». –« Ben ouai ! »« Ca a dû nécessiter un boulot de dingue aux paléontologues pour dissimuler les carcasses dans le monde entier et les remplacer par des faux… mais sinon, tu as lu ça quelque part ? ». A ce moment-là, le regard un peu hébété, il se sent gêné et part en courant avec son camarade.    

Comme souvent tard le soir, j’ai hâte de parler au téléphone avec une amie proche, Hanna, qui pense aussi assez rapidement que j’ai atterri dans une communauté de new-âges. Elle connait bien le problème car sa mère, franco-américaine et originaire des Comores, est tombée dedans après avoir passé un diplôme de thérapeute aux États-Unis. Les soins qu’elle dispense depuis sa rencontre avec des “life-coachs” lors de séminaires payants sont emprunts d’une spiritualité ufologique, dans le sens où elle pense guérir les âmes malades à l’aide de guerriers de lumières, planqués dans des vaisseaux spatiaux et prêts à intervenir sur Terre pour sauver l’humanité. Le tout dans un langage psychologique assez complexe. Evidemment on ne peut pas voir ces guerriers galactiques car ils sont calés sur une fréquence vibratoire différente de la nôtre. Ca me rappelle un peu la soupe aux choux. Leur vie de famille en a énormément pâtit, sa mère étant devenue complètement hermétique à ses problèmes réels, et trouvant toujours une excuse karmique ou spirituelle pour minimiser les épreuves, qu’elles soient concernant la santé, le travail ou l’affectif. Incapable non plus de l’aider financièrement malgré ses possibilités, car selon elle chaque âme doit avancer et se renforcer, la pauvreté ou la misère étant choisies par le karma. Hanna pleure parfois la mère qu’elle n’aura jamais. Aux environs d’une heure du matin, sous une nuit de pleine lune, je m’active à me préparer un café et quelques biscuits tout en l’écoutant me parler de sa vie parisienne. Soudain je l’interromps pour lui faire part d’une vision assez étrange, aperçue depuis la fenêtre côté cuisine, et qui donne sur le départ de sentier qui mène au hameau du maire. Des lumières avancent lentement au pas, et je comprends rapidement que ce sont des habitants avec des lampes frontales, qui reviennent au village. On en rit en imaginant les sept nains rentrer de la mine en fredonnant “hey ho, hey ho”. Le domaine de Françoise est connu en plus de la biodynamie pour ses gîtes, ses chambres d’hôtes, un camp d’été pour les enfants, des habitats écologiques et yourtes contemporaines qui peuvent servir de séminaires, ou héberger des stages de développement personnel. Hanna ne sent pas l’affaire et me suggère de regarder plus en détail l’agenda de leurs activités sur leur site internet. Mais la fatigue croissante en cette heure tardive m’impose de remettre tout ceci à plus tard. Encore une erreur. 

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